Photo: Barclay Fortin

 

 

À Rigaud, il y a bien longtemps, vivait quelques paysans, travaillants et croyants. Chacun vivait tranquille selon les saisons, cultivant la terre en été, faisant des provisions de bois de chauffage à l'automne en prévision de l'hiver.

Un jour, arriva un étranger venu s'établir au village. Ce dernier était peu bavard. Personne ne savait d'où il venait.  On ne lui connaissait pas de famille ou d'amis. Il avait l'air mystérieux et l'on s'en méfiait. Ceux qui l'interrogeaient n'obtenaient aucune réponse et se faisait rabrouer vertement. Il ne tolérait pas d'intrusion dans sa vie privée. Il n'avait visiblement pas envie de raconter sa vie en détail. Il n'allait jamais à l'église.

Il n'en fallait pas plus pour éveiller la curiosité des paysans de Rigaud. Des histoires se mirent à circuler à son sujet. Les mères de famille faisaient peur aux enfants pour les empêcher de sortir le soir. On le surnomma José-le-Diable. Il prit vite la place du "Bonhomme Sept-heures".

Un dimanche, on l'aperçut se rendant vers ses guérets (champs en labour), au lieu de se rendre à la messe dominical. Du jamais vu ! On eu beau l'avertir, même le curé du village s'en mêla, mais il préférait bêcher son champs de pommes de terre. Pour José-le Diable, aller à la messe était une perte de temps.

- Ça te portera malheur, ce que tu fais! Tu ferais mieux de venir à la messe, lui disait-on.

- Aller à la messe! C'est ça! Et qui ensemencera mon champ?

Sans attendre de réponse, José-le-Diable continuait son chemin.

- Aller à la messe, se dit-il. Qu'ils aillent tous à la messe, s'ils le veulent! Pensent-ils que le bon Dieu va leur apporter du pain cet hiver? Qu'ils aillent à la messe, si c'est tout ce qu'ils ont à faire!
Moi, aujourd'hui, il faut que je travaille...

Au moment où il arriva à son champ, son attelage s'arrêta net. Les cloches de l'église se mirent à sonner comme pour lui envoyer un message. Il se mit à semer son champs mais il ne se sentait pas très à l'aise. Il avait toujours en tête les paroles des paysans et celles du curé.

 Pour se donner du courage et oublier ces paroles, il se mit à blasphémer et à jurer. C'est alors que des milliers de cailloux tombèrent du ciel sur José-le-Diable et sur son champ.

 Ces cailloux sont encore là aujourd'hui.  Ils rappellent qu'on ne doit pas travailler le dimanche...

On n'osa plus s'aventurer dans le champ pendant très longtemps. Les soirs de tempête, on y entendait des soupirs et des gémissements.

C'était, comme on la raconte encore aujourd'hui, la légende des guérets de Rigaud.

 


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