On sait déjà qu'à cette époque et dans la plupart des villages québécois, le curé du village agissait souvent comme maître d'oeuvre en matière de développement. Il était donc courant qu'on aille le voir si des problèmes surgissaient dans les chantiers ou dans une quelconque entreprise. On raconte qu’un dimanche après la messe dominicale, le propriétaire de la scierie de Grosses Roches serait allé le rencontrer pour lui faire part des difficultés qu'il avait avec la ponctualité, quand ce  n'était pas carrément l'absence de trois de ses travailleurs. Ces derniers s'absentaient en effet de plus en plus fréquemment de leur travail à la scierie pour se rendre pêcher l'anguille dans un certain endroit en amont de la rivière. On y faisait, paraît-il, des pêches miraculeuses... Le curé avait aussi remarqué l'absence de ces mêmes travailleurs à la messe dominicale.

 M. le curé se fit conduire le jour même à cet endroit magique situé à une centaine de pieds plus bas que le Barrage des Draveurs du Quatrième rang.

On raconte que sa découverte fut surprenante. Il resta stupéfait devant la beauté du site. Trois grands bassins, ressemblant à des chaudrons sculptés dans la rivière. Le premier Chaudron Géant était formé d’un mélange de gravier et de ciment, de forme si étrangement circulaire que seul un être humain pouvait en être l’artisan…


Photos: http://domaineeltim.spaces.live.com
 

Sous le charme, M. le curé n’aurait pas résisté à monter sur le palier suivant. En cet endroit, le Prêtre découvrit un autre Chaudron, tout aussi imposant,mais encore plus impressionnant, une forme de coeur quasi parfaite à demi remplie d’eau… une eau si clair et si limpide que seul Dieu pouvait l’avoir distillé…

Le prêtre eut alors envie de continuer plus loin. Sur le troisième palier, il découvrit un troisième Chaudron, un trou béant rempli à ras bord d’une eau si noire que le Diable lui-même aurait pu l’en avoir remplie… une eau  à vous en donner des frissons.  Il entrevit à la surface, des centaines de jeunes anguilles se dandinant de manière un peu trop invitantes…

- De véritables Queues de Diable… de dire le Curé.

Évidemment, à la messe du dimanche suivant, le Curé défendit solennellement à tous les paroissiens de se rendre à cet endroit maudit sous peine de subir la foudre de Dieu.

Un jour, un paroissien disparu. Celui-ci aurait témérairement défié l'interdiction de M. le Curé. Il jouissait de l'abondance des poissons défendus et s'en était même fortement enrichi. D'ailleurs, au village c'était un secret de polichinelle.

Après de longues recherches infructueuses alimentant de nombreuses rumeurs, M. le Curé retourna au lieu maudit. Cette fois-ci, il prit soin d’emporter sa Bible, des Huiles Saintes, de l’Eau Bénite et de l'Encens, qu'il épandit généreusement à la surface des Trois Chaudrons.

À son retour au village, il déclara avoir combattu le Démon et que ce Lieu Maudit n’était nul autre que l’Oeuvre du Diable. Désormais quiconque s’en approcherait enverrait de lui même son âme en Enfer…

Plus tard, les gens du village virent monter un grand nombre de loutres dans la rivière.  Évidemment,  les anguilles disparurent et laissèrent la place à de rares truites de couleur noire…

Pendant près d’un siècle, le site des Trois chaudrons du Diable fut quasi oublié par les villageois. Cependant, notre ère moderne vit réapparaître de nouveaux braconniers, insatiables pêcheurs de truites dans ces mêmes chaudrons.

 Cette petite rivière porte aujourd'hui le nom de « Ruisseau à la Loutre ». Le sentier jadis emprunté par le disparu, aurait reçu le nom de Route à Ti-Claude. Les chaudrons sont aujourd'hui situés sur des terres privées et l'on cherchait encore récemment un nouveau propriétaire pour, qui sait, faire revivre ce lieu légendaire.