La griffe du diable
C'était l'époque
où les femmes, souvent recluses à la maison à
cause de leur progéniture nombreuse, avaient peu de divertissements.
Le passe-temps préféré était souvent les
chicanes de voisins. Comme il n'y avait pas de télévision,
pas de radio, c'était désennuyant de se chicaner
un peu. Ce n'était pas méchant, mais les
gens avaient tendance à se tirailler pour toutes sortes de raisons,
ce qui a entraîné bien des procès pour des piquets
de clôture.
Et madame Therrien
comme madame Comeau (noms fictifs) respectaient bien la tradition...
Un dimanche matin,
alors que le reste de la famille était partie à la messe,
madame Comeau décida d'aller cueillir des bleuets. Dans
cette région, les bleuets poussent en abondance et n'ont rien
à envier à ceux du Lac Saint-Jean. Elle amena avec
elle son bébé de quelques mois qu'elle attacha solidement
sur son dos, puis traversa la clôture où les bleuets semblaient
plus gros et plus abondants.
Madame Therrien,
qui la vit venir, sortit aussitôt et l'invectiva haut et fort:
- Que fais-tu là
?
- Je suis venue cueillir
des bleuets.
- Mais ils ne sont
pas à toi ces bleuets-là !
- Ils sont à
moi autant qu'à toi ce sont des bleuets sauvages. C'est le Créateur
qui les a mis là.
- Aie ! C'est du
vol ça ! Tu es une maudite voleuse !
Elles commencent
à se crier des noms
. Puis madame Comeau de clore la discussion en
criant:
- Va donc chez le
diable !
Apparut alors
une créature immonde, aui n'était ni homme, ni bête.
- Vous m'avez appelée
Mesdames ?
Les deux dames restaient
pétrifiées. Puis, après de longues minutes,
madame Comeau réagit enfin et dit à sa voisine.
- Vite, viens-t'en
ici! Accrochons-nous à mon bébé. Il
est pur, lui, et le diable n'a aucune emprise sur lui. C'est le
seul moyen de nous sauver !
Elles ont toutes
les deux enserré le bébé dans leurs bras. Comme
le diable ne pouvait plus rien faire, il est devenu enragé.
Il s'est mis à maugréer, à gesticuler et à
griffer le rocher. Et il y a laissé des traces.
Ces mêmes traces qui sont encore visibles aujourd'hui.
Madame Comeau et
madame Therrien se sont réconciliées. Elles ont
raconté à tout le monde comment elles avaient vaincu le
diable. Une grande fête fut organisée où l'on
composa un «reel»
qu'on nomma: «Le reel du diable en maudit d'avoir manqué
son coup.»
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