Marie-Joseph(te) Corriveau(X)

 


(L'affaire Corriveau(x), Les Faits)

 

Auteur :  Gérard Lépine

 

            Voici ce que j'ai pu "rafistoler" sur le déroulement des événements de ce début de 1763 dans Québec occupée.  Cela prouvera que Marie-Joseph(te) Corriveau(x) ne peut pas être coupable du meurtre de Louis Étienne Dodier.

 

            Il n'y a pas de mobile.  Certes Joseph Corriveaux père et Dodier s'engueulaient souvent et en sont même venus aux mains à plusieurs reprises, comme en témoignent plusieurs plaintes déposées auprès de Jacques Corriveau, capitaine de milice à Saint-Vallier (ou Valier), dont l'une la veille même du meurtre.  Le major Abercrombie, responsable militaire local, qui se débrouillait en français, en atteste, et écrit même que presque toutes les plaintes ont été enquêtées au préjudice dudit Corriveaux.  Le major avait un penchant certain pour les Canayen(ne)s, car il est resté au pays et y a fait souche : on se doute de la raison ineffable de cet attrait étrange pour le pays où il était en garnison...  Je soupçonne que les documents trouvés fortuitement dans les Fonds de la Bibliothèque de l'Université de Montréal vers 1983 proviennent de ses descendants immédiats.  Certaines des remarques écrites et le choix des coupures de presse qui y sont collées (à part les parties d'échecs de la presse locale!) tendraient à le prouver.

 

            Deuxièmement, il n'y a pas d'arme du crime.  L'on a bien parlé de fourche à foin, ou à purin, à trois ou deux fourchons (le crâne de Dodier portait deux blessures), et même de curare (!?), mais personne n'a pu témoigner de façon claire, n'ayant vu quoi que ce soit sur les lieux.  Sauf plusieurs jours plus tard, où Joseph Corriveaux, qui habitait loin de la maison Dodier, aurait été vu manipulant une telle fourche : or, quel "habitant" n'en possède pas une?

 

            En outre, Marie-Joseph connaissait très bien la condition de veuve avec trois enfants à l'époque : elle l'avait vécue pendant plus d'un an après la mort de Claude Bouchard, et n'avait certes pas l'intention de recommencer l'expérience, quelles que soient ses relations avec son nouveau mari.  À vingt-sept ans, elle avait eu la chance de se trouver un époux, de surcroît ayant des biens, et il faut se rappeler qu'elle était pratiquante et même religieuse, de par son éducation chez les sœurs.  Très évidemment, les rumeurs de mésentente avec Dodier se sont amplifiées après les faits.  L'on se rappelle que pour se marier, Dodier avait non seulement fait un contrat de mariage (dont j'ai copie) mais accepté la clause d'"au dernier vivant les biens", avec son beau-père, Joseph Corriveaux.  Contrat qui a été scrupuleusement respecté en 1673 après clôture des procédures.