Le rocher de 

Cap Chat

 

La Gaspésie connut cet été-là une sécheresse comme on en a rarement vu au Québec.  Personne n'avait pu faire de provisions, les greniers et les garde-manger étaient vides, les gens comme les animaux étaient affamés.  Et, comble de malheur, une épidémie décima les troupeaux.  On raconte même que les chats et les chiens en étaient réduits à chasser et à pêcher pour survivre.

C'est donc ainsi qu'un pauvre chat ayant erré dans les bois et dans les champs pendant plusieurs jours et n'ayant rien trouvé à se mettre sous la dent se rendit sur le bord du fleuve espérant que quelques poissons malchanceux soient éjectés par une mer turbulente à souhait.

Après avoir vainement surveillé la vague qui n'apportait que des algues, il se mit à fureter à travers les rochers qui bordaient la rive. Dans une cavité, il aperçut une famille de petits animaux qui sommeillaient. Il s'installa tout près et attendit patiemment ses proies. La plus turbulente des petites bêtes finit par pointer son nez au soleil. Croyant que le chat étendu sur le sable dormait paisiblement, elle se fit téméraire et se rendit l'examiner de plus près. Le chat lui sauta dessus avant même qu'elle ne puisse crier au secours!  Tout heureux de cette chasse si facile, il préféra laisser les autres petits s'éloigner pour avoir le plaisir de les attraper un à un, en les poursuivant sur la grève.

Repu, notre chat retourna au village.  À mi-chemin, un animal en colère lui barra la route.  C'était la Fée-Chat.  Notre chat affamé avait dévoré ses protégés et elle n'allait pas laisser sans aucune punition un geste aussi barbare.  Elle miaula si fort que tout le village frissonna de terreur.  Par sa magie, le chat fut enfermé dans la pierre du cap et le sera jusqu'à la fin des temps, histoire de rappeler à tous les conséquences d'un geste aussi cruel.

Je ne sais pas si c'est à cause de cette histoire, mais les enfants du village craignent depuis ce temps d'aller sur la grève à la nouvelle lune.