Un sportif passionné d'enthomologie.
Quoi que les diverses taches qu'il s'était imposé ne lui
eussent pas laissé quantité de loisirs, ce sportif dont tout
le monde parlait, si tôt qu'il avait pu disposer de quelques heures,
les avaient toutes entières consâcrées à ces
artropodes s'y attachant que sont les insectes.
Grâce à son engouement, la ville de Franche-Comté
qui l'avait encouragé s'était alors octroyé un budget
spécial destiné à la fondation d'une maison d'enthomologie,
mi museum, mi laboratoire. Tels Charles Darwin, Johann Christian Fabricius,
Maurice Maeterlinck, notre enthomologiste, renommé à plusieurs
titres, avait suscité l'admiration des Francs-Comtais néo-phytes
et renforcé la passion des initiés... à tel point que
la ville ne pouvait plus espéré fixer ailleurs l'attention
de ses habitants. En dépît des clubs de jiu jitsu, d'une pinachothèque,
nouvelle-née, des cinémas mis à leur disposition,
rien ne parvenait à supplanter le museum des insectes !
Curieux et fascinant museum ! On n'y trouvait des specimens du monde
entier : du Venezuela au Zaire en passant par la Libye et le Mozanbique.
Exceptées les arachnides, cela va de soie, l'ordre des coléoptères
était représenté notamment par des lucanes, ou cerfs
volants ; les archyptères, par des termites bien épinglées,
les hyménoptères, par des tentrèdes, très courants
sur les peupliers ou les poiriers ; les diptères, par des anophèles.
Impossible d'énumérer ici tous les ordres et espèces
figurants dans les vitrines...
Ainsi ce sportif hors du commun avait-il mis en scène cette fantastique
saga - d'environ quinze mille cinq cents sujets
répertoriés - préparée dans les coulisses
féériques de son laboratoire, parmi des flacons de cyanure,
des ampoules de créosote, de nombreux volumes de l'oeuvre de Buffon,
des bocaux de couleur jaune ambré où reposaient des chrysalides
vouées à une éclosion prochaine...
Et si parfois il lui incombait de guider un groupe, à l'issu
d'une visite quasi-accélérée et quelque fut l'importance
des pièces que naguère vous y voyez exposée, il attirait
l'attention de tous vers son lieu de prédilection, où était
reconstitué, sous-verre, le duo illustrissime de la littérature
française, "La Cigale et la Fourmi ", sous les traits d'automattes
de charmes vêtus de plusieurs velours bleus sombres chamarrés
d'or et de soieries mélées et châtoyantes.