La dictée du diable
Les Français disputent à l'envie
(l'envi) de leur orthographe. Qu'elle ait fâcheuse réputation,
on n'en saurait douter. Qu'on n'en conclue pas qu'elle est illogique. Quelques
problèmes qu'elle pose (et ils sont nombreux), quelles que soient
les difficultés qu'elle soulève, quelque embrouillées
qu'en paraissent les règles, elle n'exige qu'un peu de travail et
de méthode. Les grammairiens ne se sont pas seulement
donnés (donné) la peine de la codifier
: ils se sont plu à la rendre accessible. Quoi qu'on en ait pu dire,
le travail auquel ils se sont astreinds
(astreints) n'a pas été inutile. Les efforts qu'il
a coûtés, les recherches qu'il a nécessitées
ne doivent pas être sous-estimés.
Que ce soit ignorance ou laisser-aller, beaucoup trop d'élèves
tombent sans remords dans les traquenards de l'écriture. On hésite
maintes fois avant d'écrire les infinitifs accoter, accoster, agrandir,
agripper, agraver (aggraver), alourdir,
aligner, alléger, apurer, aplanir, aplatir, appauvrir, etc. On s'embrouille
fréquemment dans les suffixes : ceux par exemple
d'aterrir (d'atterrir) et amerrir; de tension et rétention;
de remontoir et promontoire, de prétoire et vomitoire; de vermisseau,
souriceau, lapereau, bicot et levraut; de trembloter, toussoter, crachoter,
frisotter, ballotter, grelotter; de gréement, dévouement,
repliement, éternuement, braiement
(braiment), châtiment; de gaiement, gentiment, éperdument,
ambigument, dûment, crûment, etc.
Qu'on ne croie pas ces distinctions injustifiées. Quoiqu'on
n'en voie pas toujours la raison sur-le-champ, on n'en saurait vraiment
diminuer le nombre qu'au dépens de la clarté. Hormis quelques-uns,
elles ne sont dues qu'au souci de distinguer graphiquement les particules
homonymes. Les quelques (quelque) quatre
milles
(mille) familles de mots qui figurent dans notre lexique sont, au surplus,
régulières. Le radical y apparaît constamment sous la
même forme. Certaines font désormais exception : celles notamment
où l'on trouve les mots barils, baricaut; combattant, combatif;
cantonnade
(cantonade), cantonal; charroyer, charretée; encolure, accolade;
déshonorer, déshonneur;
irrascible (irascible), irriter;
occurrence, concurrence; follement, affolement; prud'homie, prud'hommesque;
persifler, sifflotement; insuffler, boursouflure; consonance, dissonance;
imbécile, imbécilité
(imbécillité), etc. Quant aux désinences verbales,
elles sont parfois difficiles à appliquer. Sachons écrire sans
hésitation celles de l'impératif (va, cueille, tressaille),
du subjonctif (que nous crions (criions),
fuyions, ayons, soyons), du futur (j'avouerai, tu concluras, il nettoiera,
j'essuierai, tu tueras, nous mourrons, vous pourrez), du présent (je
revêts, tu couds, il geint, je répands, tu
feinds (feins), il résout, je harcèle, tu râtelles,
il martèle, je cachette, tu époussettes, il furète,
j'écartèle, tu halètes, il cisèle, etc.)
Ce texte, où l'on n'a voulu citer que des mots du vocabulaire
courrant
(courant), montre que notre orthographe est souvent compliquée,
voire
ambigüe
(ambiguë), sinon arbitraire. Mais elle est inséparable
de la langue. Même les écrivains lui restent attachés.
Ils sont pourtant, plus que d'autres, en butte à ses tracasseries,
c'est-à-dire plus souvent exposés à tomber dans ses
chausse-trapes. Quoi qu'en pensent ses détracteurs, elle est affaire,
tout à la fois, de réflexion et de mémoire. Ses subtilités
mêmes imposent une salutaire discipline. Quels que soient les efforts
qu'elle exige, il faut bien qu'on l'acquière. N'est-elle pas, comme
le dit Sainte-Beuve, "le commencement de la littérature" ?
René Thimonnier
Variantes
acceptées
ses subtilités même
au lieu de ses subtilités mêmes
Note: J'ai fait un
"copier -coller" de cette dictée. Il ne devrait y avoir que les 15
fautes que je vous propose de trouver. S'il y en a d'autres, je n'en suis
pas responsable. Je reste, par exemple, perplexe sur l'emploi de:
- au dépens (ou aux dépens)
- baricaut (que je n'ai pas trouvé dans le Larousse)
- quelques-uns (quelques-unes)
Bibiane
|
|
|
|