À vos crayons ! 

Quinze fautes à trouver dans la dictée du diable de  René Thimonnier

Lorsque M. Jean-Michel Benoit, me signala ce texte de René Thimonnier trouvé sur le Net : la dictée du diable, il écrit:
 "Elle est terrible, aucun mot compliqué, aucun accord biscornu , pas de tournures de phrases bizarroïdes, tout simplement , une dictée qui souligne toutes les bizarreries de la langue française".

J'ai donc, volontairement,  fait 15 fautes en la recopiant. À vous de les trouver!
Amusez-vous!


Note: Vous trouverez le corrigé ici .


 

La dictée du diable


Les Français disputent à l'envie de leur orthographe. Qu'elle ait fâcheuse réputation, on n'en saurait douter. Qu'on n'en conclue pas qu'elle est illogique. Quelques problèmes qu'elle pose (et ils sont nombreux), quelles que soient les difficultés qu'elle soulève, quelque embrouillées qu'en paraissent les règles, elle n'exige qu'un peu de travail et de méthode. Les grammairiens ne se sont pas seulement donnés la peine de la codifier : ils se sont plu à la rendre accessible. Quoi qu'on en ait pu dire, le travail auquel ils se sont astreinds n'a pas été inutile. Les efforts qu'il a coûtés, les recherches qu'il a nécessitées ne doivent pas être sous-estimés.
Que ce soit ignorance ou laisser-aller, beaucoup trop d'élèves tombent sans remords dans les traquenards de l'écriture. On hésite maintes fois avant d'écrire les infinitifs accoter, accoster, agrandir, agripper, agraver, alourdir, aligner, alléger, apurer, aplanir, aplatir, appauvrir, etc. On s'embrouille fréquemment dans les suffixes : ceux par exemple d'aterrir et amerrir; de tension et rétention; de remontoir et promontoire, de prétoire et vomitoire; de vermisseau, souriceau, lapereau, bicot et levraut; de trembloter, toussoter, crachoter, frisotter, ballotter, grelotter; de gréement, dévouement, repliement, éternuement, braiement, châtiment; de gaiement, gentiment, éperdument, ambigument, dûment, crûment, etc.

Qu'on ne croie pas ces distinctions injustifiées. Quoiqu'on n'en voie pas toujours la raison sur-le-champ, on n'en saurait vraiment diminuer le nombre qu'au dépens de la clarté. Hormis quelques-uns, elles ne sont dues qu'au souci de distinguer graphiquement les particules homonymes. Les quelques quatre milles familles de mots qui figurent dans notre lexique sont, au surplus, régulières. Le radical y apparaît constamment sous la même forme. Certaines font désormais exception : celles notamment où l'on trouve les mots barils, baricaut; combattant, combatif; cantonnade, cantonal; charroyer, charretée; encolure, accolade; déshonorer, déshonneur; irrascible, irriter; occurrence, concurrence; follement, affolement; prud'homie, prud'hommesque; persifler, sifflotement; insuffler, boursouflure; consonance, dissonance; imbécile, imbécilité, etc. Quant aux désinences verbales, elles sont parfois difficiles à appliquer. Sachons écrire sans hésitation celles de l'impératif (va, cueille, tressaille), du subjonctif (que nous crions, fuyions, ayons, soyons), du futur (j'avouerai, tu concluras, il nettoiera, j'essuierai, tu tueras, nous mourrons, vous pourrez), du présent (je revêts, tu couds, il geint, je répands, tu feinds, il résout, je harcèle, tu râtelles, il martèle, je cachette, tu époussettes, il furète, j'écartèle, tu halètes, il cisèle, etc.)

Ce texte, où l'on n'a voulu citer que des mots du vocabulaire courrant, montre que notre orthographe est souvent compliquée, voire ambigüe, sinon arbitraire. Mais elle est inséparable de la langue. Même les écrivains lui restent attachés. Ils sont pourtant, plus que d'autres, en butte à ses tracasseries, c'est-à-dire plus souvent exposés à tomber dans ses chausse-trapes. Quoi qu'en pensent ses détracteurs, elle est affaire, tout à la fois, de réflexion et de mémoire. Ses subtilités mêmes imposent une salutaire discipline. Quels que soient les efforts qu'elle exige, il faut bien qu'on l'acquière. N'est-elle pas, comme le dit Sainte-Beuve, "le commencement de la littérature" ?

René Thimonnier



Variantes acceptées
ses subtilités même au lieu de ses subtilités mêmes