Prises
et méprises
C'était un de ces dimanches de février qu'un
soleil magnanime, dans un ciel cobalt, tiédit
entre deux congères à demi
fondues. Quelques
amis et moi-même, bande de rats des villes,
avons pris la clé des champs pour une partie
de pêche blanche.
Parvenus
en des lieux lacustres, nous nous sommes rendu
compte que nous ne péchions pas par excès
d'originalité : un agglomérat de bicoques
bigarrées, véritable hameau hivernal,
s'était formé sur le lac gelé. Notre
fantasme arctique se révélait étonnamment
surpeuplé !
Engoncés,
dans nos anoraks, soufflant dans nos moufles
doublées, nous avons vaillamment appâté nos
lignes, munis de patience... et de caféine !
Nous bayions aux corneilles à qui mieux
mieux, lorsqu'une première touche nous a fait
tressauter. Hélas ! notre sommité de service
- professeur de biologie - décréta sans
ambages notre prise immangeable. Qu'à cela ne
tienne, une autre ligne brimbalait déjà...
Mais l'enthousiasme fut éphémère.
Car
des heures durant, nous avons ainsi capturé
maints poissons du même pedigree
rédhibitoire, les envoyant d'emblée
rejoindre le benthos, tandis que les truites
arc-en-ciel, ouananiches et corégones tant
désirés nous boudaient résolument.
Transis
et enchifrenés, nous avons finalement pris
nos cliques et nos claques. Au chalet où nous
rapportions nos lignes emberlificotées, nous
en sommes restés cois : ce que, péremptoire,
notre pseudo-expert en halieutique avait
qualifié de vil fretin s'avérait, au dire de
tous, un régal en matelote !
Laissant
derrière nous la pourvoirie et les
qu'en-dira-t-on, nous recueillîmes l'aveu de
notre ichtyologiste de bazar, qui recouvrait
tout à coup la mémoire : quelque temps
auparavant, il avait dû rédiger, sur ledit
poisson une fiche pédagogique ! Grâce à une
tournée de gewurztraminer et de notre lambic
préféré, il fut absous... et ne pêche
aujourd'hui qu'au rayon des surgelés !
Auteur: Guillaume Vigneault