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Il existe un endroit
au centre-est des États-Unis d'Amérique, traversé par la grande
rivière Ohio, où naissent et grandissent les plus beaux chevaux du
monde. Cet endroit se nomme Kentuky. Il y pousse l'herbe la meilleure
pour nourrir et faire grandir les chevaux. On appelle cette herbe,
l'herbe bleue du Kentuky car sous le soleil et le ciel bleu, on y retrouve
des miroitements
et des teintes bleutées. De grands enclos séparés
par de belles clôtures blanches laissent pousser cette herbe épaisse
et donne aux chevaux de grands espaces où ils peuvent courir de toute
la vitesse de leurs grandes pattes.
C'est là que naquit par
une douce nuit de juin Pasapa. C'était un bébé attendu,
car il était le fils de la plus belle jument
pur-sang
qui fut et d'un grand étalon qui avait gagné les plus
grandes courses de ce coin de pays. La maman s'appelait Tobrouk
et le papa s'appelait Maroc
. Leurs noms traduisaient bien leur origine arabe d'où naquit la
grande lignée
des pur-sangs.
Mais le poulain
naissant était si petit que le vétérinaire qui aidait
la mise-bas
le prit pour un avorton
. L'on avait du se tromper dans les dates de la conception,
et ce qu'il avait dans les mains devait être le résultat d'une fausse-couche
. Mais le petit respirait vigoureusement. On le mit
doucement sur la paille sèche près de sa maman. Deux heures plus
tard, il était debout et tentait mais vainement de téter. Il ne
pouvait rejoindre le pis
de sa mère car il était trop bas sur pattes. L'on dut
placer quatre grosses balles de foin et hisser le petit sur celles-ci
pour qu'il puisse rejoindre le lait maternel. On se demanda si on
devait garder le petit, car il ne serait évidemment jamais un grand
cheval de course. Mais il était bien proportionné et il plut à Germaine,
la fille du propriétaire de Pasapa, c'est ainsi qu'on le baptisa,
un peu par dérision
.
Il devint le petit cheval
jouet de Germaine. Et c'était tout un spectacle que de voir le cheval
nain courir près de sa grande maman dans l'herbe drue
de son enclos. On dut placer une travée
supplémentaire à la clôture ceinturant son pré, une
travée que l'on plaça au bas de la clôture et non pour la hausser
comme il arrivait parfois de le faire pour les poulains qui avaient
pris l'habitude de sauter. Non
Pasapa, lui, pouvait quitter
son enclos en se roulant sous la plus basse travée. Les autres poulains
hennissaient
dans sa direction en se moquant et en l'appelant le
cheval rampant plutôt que le cheval sauteur. Cela ne l'atteignait
pas, mais il se fâchait et piaffait
de rage quand on riait de lui à le voir essayer d'atteindre
le pis de sa mère. Cette dernière ne s'impatientait pas car c'était
son tout-petit et elle se plaçait commodément près d'une grosse pierre
plate et encourageait le petit à y grimper pour y atteindre sa nourriture.
Mais de fait, les autres poulains de son âge étaient un peu jaloux,
car il attirait les oh et les ah
de tous les enfants du voisinage qui voulaient le caresser,
lui apportaient des friandises et félicitaient la petite Germaine
sur la beauté minuscule du petit nain qui était son poulain.
La renommée du petit
Pasapa s'étendit à des lieux
à la ronde. Un avant-midi, une équipe de la télévision vint le filmer.
C'est tout juste si on ne lui demanda pas une entrevue! Vous vous imaginez
la fierté de sa maman Tobrouk. Finalement, la gloire arriva.
On demanda à son maître la permission d'utiliser Pasapa dans
une publicité nationale servant à promouvoir la défense des animaux.
Le petit cheval était l'animal tout désigné pour ce projet. Le maître
accepta. Et on amena le petit nain en avion à New York. On le fit voyager
en «classe affaire»
, alors que tous les chevaux jusqu'à maintenant, même
les plus célèbres, voyageaient avec la cargaison
. Il se fit accompagner par une vedette féminine de
cinéma, qui tout au long de l'envolée, le caressa doucement sur
son gros fauteuil où il était couché. À l'arrivée, on l'accueillit
en véritable «star»
. La télévision, les journalistes, tout le gratin
de l'information était là pour le petit Pasapa
.
La publicité fut tournée
dans un vaste studio. Le petit cheval était un acteur-né. On
s'extasia sur son talent qui d'ailleurs ne lui montait pas à la
tête car il avait toujours la voix de sa maman qui lui murmurait à
l'oreille: «Mon petit, un jour tu seras très grand si tu sais te servir
avec avantage de ce que le ciel t'a donné. Sers toi de ta petite
taille pour faire ta gloire et celle de ta famille.»
Et c'est ainsi qu'un
petit cheval de rien du tout devint une grande vedette de cinéma.
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