Tradition populaire
Lorsque l'on tente de circonscrire au moyen d'une définition
la notion de tradition populaire, l'on se bute à deux ordres
de difficultés. Doit-on pour définir cette réalité
faire appel au folklore, au goût généralement
admis dans une collectivité comme le hockey pour les Québécois,
comme la cornemuse pour l'Écossais, ou doit-on faire appel
à des notions plus globales ou plus intellectuelles comme
la conscience nationale ou l'identité des peuples? En
fait, si l'on veut éviter de sombrer dans le vulgaire ou l'élitisme,
l'on peut affirmer sans ambages et sans crainte de se tromper que
la tradition populaire est l'essentiel des manifestations et des réalisations
où les membres d'une communauté se retrouvent spontanément
et sans se questionner sur la valeur de ces dernières.
Plusieurs peuples peuvent partager les mêmes traditions
mais certaines manifestations ou réalisations sont essentiellement
exclusives à un groupe de gens et ne se retrouvent pas ailleurs.
Le moule à sucre d'érable est une de ces manifestations.
En effet, le moule à sucre et une réalisation originale
du Canadien-français. Le fait qu'on peut le retrouver
en Ontario et dans certaines régions du nord-est des États-Unis,
n'enlève rien à son originalité chez nous, mais
témoigne plutôt de «l'exportabilité»
de cet outil parce qu'adapté à un lieu et à un climat
socio-économique bien défini: celui de l'érable
à sucre.
Nous proposons donc de vous
faire connaître le moule à sucre et de tenter de vous
le faire aimer comme nous l'aimons. Le moule à sucre est
en effet plus qu'un simple objet de bois ou de métal. Nous
ne croyons pas qu'il existe un autre objet de notre héritage culturel
où se retrouve avec plus de gratuité, le couple utilité-beauté.
L'hiver aux longues soirées
et aux grandes périodes de repos entrecoupées uniquement
par les soin des animaux et la traite des vaches, servait généralement
à la fabrication de ces outils. Face à son bloc
de bois, le sucrier pouvait laisser libre cours à son inspiration
selon ses influences du moment. Était-il amoureux, avait-il
été impressionné par un bel animal, un véhicule
nouveau, une visite à l'église? Tout cela remontait
au coeur et à la tête et se manifestait au bout des doigts.
Souvent naïfs les sujets représentés sont généralement
très bien faits. En effet, le temps d'accomplissement supplée
chez l'ouvrier convaincu de la beauté et de l'utilité de
son sujet, à l'habileté manuelle. Le cultivateur était
d'autant plus avide de faire quelque chose de beau que le moule à
sucre était destiné aux générations futures.
Les enfants diraient éventuellement: «cette sculpture, c'est
votre grand-père, mon père à moi qui l'a faite.»
Le moule à sucre était
aussi offert à l'épouse, la fiancée, le voisin ou
le parent; il devait donc être beau. De plus, le moule
servira à faire des sucreries qui témoigneront aux futurs
clients de l'inspiration du goût et à la limite de l'intelligence
du vendeur. Le moule à sucre se fait aussi sous l'émotion
d'un thème plus puissant: le printemps. Ce morceau de bois
ouvré devient donc un symbole de renouveau, un témoin de
la nature qui s'éveille. L'outil est maintenant devenu la
fin de l'hiver, la joie qui accompagne la fonte des glaces, la sortie des
animaux, la découverte par les petits enfants qu'il existe un soleil
chaud et qui fait enlever les gros habits de neige sans que maman ne dispute.
Origine
L'histoire du sucre d'érable remonte au temps des
Amérindiens qui
ont sans doute enseigné aux premiers Européens
colonisateurs l'art de bouillir la sève de l'érable
au printemps. De tous les instruments servant à la cabane
à sucre, se sont sans doute les moules à sucre qui représentent
la plus grande valeur tant esthétique qu'ethnographique.
À part les moules, les diverses cuillères et palettes,
seaux de bois et chalumeaux complètent la liste d'ustensiles utilisés
à la cabane à sucre. Tout ce gréement mérite
d'être conservé. Mais les moules à sucre
en révèlent beaucoup plus sur l'esprit qui animait les
premiers Québécois que tous les autres outils utilisés
à la cabane à sucre.
Les premiers moules à
sucre, d'origine amérindienne étaient probablement
des cônes d'écorce de bouleau que l'on posait sur la pointe
insérée dans la fente ou le trou d'une planche pour qu'ils
ne se renversent pas. Par la suite, selon Séguin, on utilisa
du carton et des cartes à jouer pour mouler les pains de sucre.
Cette matière comme l'écorce de bouleau était
déchirée et jetée quand on démoulait les
pains de sucre. Le bout pointu du cône d'écorce était
maintenu fermé par une aiguille de senellier ou un autre objet
adapté (broche, épingle de métal).
Les régions où
l'on retrouve les moules les plus illustratifs sont: la région
de Québec, Montmagny, la région de l'Estrie et des Bois-Francs,
la région de Montréal et du sud-ouest de Montréal.
Les moules à sucre et la civilisation
québécoise
Chaque civilisation ou mieux chaque groupe de population
fondu en une entité distincte par la proximité, la géographie,
la flore et le climat, se manifeste par un type de réalisations.
La chaleur rend plus langoureux, le froid active. La proximité
des essences ligneuses favorise la sculpture sur bois pour y en sortir
des outils, des représentaions de Dieu ou des divinités.
Les peuples près de la mer ou des rivières fabriquent
des embarcations originales ayant un but et une finalité bien
mariés aux conditions locales: kayak des Esquimaux ou Inuits,
yole des Islandais, catamaran des îles du Pacifique. Au
Québec, les saisons et leurs différences bien tranchées
ont sûrement inffluencé les Québécois.
À titre d'exemple de réalisations originales de cette population
du nord-est de l'Amérique septentrionale: le moule à sucre.
Qu'est-ce qu'un moule à sucre? C'est une empreinte sculptéee
le plus souvent dans du bois, empreinte que l'ont remplie de sucre provenant
de l'érable au printemps, sucre encore semi-liquide, pâteux,
que l'on coulera dans cette empreinte pour qu'il en prenne la forme une
fois solidifié.
La notion de moule à
sucre sous-tend plusieurs réalités:
- le printemps
- la fabrication du
sucre d'érable
- la fabrication du
moule et de l'empreinte
- le matériel
ligneux ou autre servant de matériel de base
Le printemps
Le printemps au Québec, c'est le renouvau.
Après un hiver rigoureux où l'homme se replie dans
sa demeure, le printemps permet la sortie au dehors, permet la sortie
des animaux des fermes. Le printemps c'est le début de
la chaleur, de la facilité relative, c'est le prélude
à l'été. C'est aussi l'eau qui coule, la
neige qui fond, les arbres qui reverdissent et éclatent
de bourgeons. Parmi ces arbres, il y a l'érable à
sucre ainsi nommé puisque sa sève qui circule au printemps,
au dégel, est sucrée. D'ailleurs les pic bois, ces
oiseaux marteleurs d'écorce s'en abreuvent. Si au hasard d'une
promenade en forêt, après un verglas printanier, vous recevez
des gouttes d'eau d'érable tombant des arbres, elles goûteront
le sucre. Le sucre d'érable, c'est le festival, la renaissance;
des parties de sucre entre familles et amis s'organisent dans des abris
bancals où bouille l'eau dans de grandes cuvées pour en
extraire le sirop, la tire, le sucre: ce sont les cabanes à sucre.
Il n'y a pas de mobilier dans la cabane: une grande table, des chaises
usées et autrefois des moules à sucre et des raquettes pendues
aux murs. Les moules à sucre n'existent plus depuis fort longtemps
dans l'inventaire des cabanes. On coule le sucre dans des petits
moules de métal, mais il faut bien le dire, le sucre a disparu au
profit du sirop et de la tire qui demandent une cuisson moins longue.
De plus, le sucre d'érable a été remplacé,
il y a belle lurette, par le sucre des Antilles. Donc, ce sucre du
pays comme on l'appelait, est tombé en désuétude.
La fabrication du sucre d'érable
Le sucre d'érable, c'était donc au printemps
régénérateur, une friandise annonçant
des temps encore plus doux. Aujourd'hui la cabane à sucre
reste populaire pour l'aspect traditionnel du repas de groupe, pour
la tire chaude refroidie sur la neige et qui fait le bonheur de tous.
Mais le sucre n'a plus le caractère essentiel qu'il revêtait
autrefois. Il est démodé. Reportez-vous à
il y a une centaine d'années où le sucre de canne était
une denrée de luxe et dispendieuse dont l'approvisionnement par
navire était bien incertain surtout pour les habitants de la campagne.
Le sucre d'érable était avec le miel la seule source de
sucre pour la ménagère dans la confection des desserts.
La cabane à sucre était l'endroit où l'on s'approvisionnait
en sucrerie, en gâteries et friandises pour le reste de l'année.
La fabrication du moule à sucre
Pour utiliser le sucre, il fallait lui donner une forme,
un volume car le sucre d'érable n'était pas commode
à réduire en tranche. On le coulait dans des moules
pour le rendre aisé d'utilisation. Le pain de sucre était
gratté en petits copeaux pour l'insérer à une
recette ou le faire fondre. Le pain de sucre n'avait pas besoin
de réfrigération, il était commode à remiser
et à utiliser.
Le moule était habituellement de bois, substance
que l'on avait prestement sous la main et que l'on pouvait creuser,
sculpter pour en faire des moules. En retrouvant ces vieux moules,
vestiges d'un passé relativement loin, car son arrêt
d'utilisation s'est faite de façon abrupte et sans période
de ralentissement progressif étalée sur une période
de temps, je suis resté étonné devant la beauté
de cet objet. Les anciens du Québec, et l'exemple s'est
répété dans d'autres domaines, savaient allier
utilité et beauté. En sculptant des moules à
sucre, ils ont fait d'un objet purement utilitaire et trivial, un
objet de beauté presqu'un objet d'art naïf. Les américains
d'ailleurs classent les moules à sucre dans le domaine du Folk-Art.
Le moule était l'oeuvre d'un simple habitant.
Je n'ai jamais vu fabriquer des moules à sucre, mais j'en ai
eu la description par ceux qui en ont fait. Les vieux disaient:
«on gossait» les moules par les longues soirées
d'hiver, dans la cuisine près du poêle à bois,
pour y jeter immédiatement les rebuts et les copeaux de bois.
On utilisait le canif, le ciseau à bois et le marteau pour évider
le morcau de bois choisi. Habituellement du pin sec, bois mou
facile à travailler, mais aussi de l'érable, du merisier,
du frêne, du tilleul (le bois blanc des campagnards), parfois
de la pruche et du hêtre. Les sujets, car le moule à
sucre représentait le plus souvent quelque chose, étaient
choisis selon l'habileté artistique de l'ouvrier et à
la suggestion de l'épouse, des enfants et des parents.
L'on sulptait des coeurs, beaucoup de coeurs pour témoigner de
l'amour pour la femme ou fiancée ou pour clamer bien haut son
admiration pour le coeur de Jésus. On sculptait des représentations
de cartes à jouer, des as de coeur (encore), de carreau, de pique,
de trèfle. On illustrait les animaux: castor, lièvre,
lapin, coq, parfois des maisons et souvent des objets religieux (bréviaire,
missel, ostensoir). Le poids des pains de sucre s'étalaient
entre quelques grammes et 500 grammes tout au plus. Le pain de
sucre et le moule pour le fabriquer représentent une partie du
génie créatif de l'habitant de la vallée du Saint-Laurent
où se retrouvent grossièrement les sites des grandes plantations
d'érables. Les populations d'érables où l'on
construisaient des cabanes portaient aussi le nom de «sucreries».
On mange une sucrerie au Québec mais l'on visite aussi une sucrerie.
À ne pas confondre!
Variétés de moules à
sucre
Le moule simple
de bois
Ce moule est
fait d'un seul bloc de bois de largeur et longueur variables et d'une
épaisseur de 4 à 5 centimètres, suffisante pour
y creuser une empreinte plus ou moins profonde. |
Le moule de
bois en deux morceaux superposés
L'épaisseur du morceau de bois du dessus a été
percée de part et
d'autre pour effectuer le contour externe de l'objet que
l'on veut y mouler. Comme cette épaisseur de bois est complètement
transpercée, on a pu utiliser une scie à découper.
Un morceau de bois forme le fond du moule et peut être gravé
de divers dessins ou diverses lettres qui laisseront leur trace à
la surface du pain de sucre. |
Le moule de
bois en deux morceaux
Il s'agit là d'un moule en deux morceaux dont chaque
partie
représente la moitié de l'objet que l'on
veut mouler. En superposant les deux parties du moule, l'on
obtient un pain qui est plus épais que l'empreinte excavée
dans une seule portion de ce moule. Ce moule nécessite
une meilleure construction car il doit être étanche pour
ne pas laisser échapper le sucre fondu. On coule le sucre
dans une petite gouttière cannelée sur chacune des faces
du moule et qui conduit à l'intérieur du bois où
est inscrite la forme du moule. |
Le moule en
bois à plusieurs morceaux
Il s'agit d'un moule à plusieurs planchettes.
On y coule surtout des
maisonnettes de sucre. Quatre planchettes forment
les murs et deux autres le toit en pente. L'intérieur
de ces planchettes est gravées de fenêtre et de portes
qui s'inscrivent ainsi sur la surface du pain de sucre. L'ensemble
est maintenu à l'aide d'un réseau de cordes ou de broches.
On coule le sucre dans une petite cheminée qui traverse une des
parois du moule et donne accès à l'intérieur au sucre
fondu lors du coulage. |
Le moule en
bois et en métal
Il est plus rare, même si plus facile à fabriquer.
Le fond du moule est une planchette découpée selon
la forme voulue. La surface supérieure de cette planchette
est gravée de diverses effigies. La plaquette de bois
sculptée ainsi obtenue est entourée d'une tôle
que l'on cloue sur les côtés de la planchette de bois. |
Les moules en
série
La planche utilisée, au lieu de ne comprendre qu'un
seul moule, en comprend plusieurs. On obtient lors d'une seule
coulée une série de petits pains de sucre. On
utilisait ces moules dans les cabanes à sucre à mission
plus commerciale que familiale où l'on avait besoin de produire
beaucoup de petits pains de sucre à la fois, pour les vendre à
la clientèle.
|
Le moule à sucre: iconographie
Les sujets illustrés dans les moules à sucre
sont des sujets de la vie de tous les jours. Or la vie quotidienne
de la fin du 18e et de tout le 19e siècle, à la campagne,
c'était la nature: flore et faune. C'était aussi
tout ce qui entoure la maison familiale et le déroulement
de la vie domestique. C'était l'amour, c'était
la religion.
Flore et faune
On illustre la flore au moyen de motifs floraux imaginés
et toujours simples. Quand à la faune, on retrouve
le castor , emblème
du pays, le poisson dont on pratique la pêche dans nos
rivières et nos lacs.
Le lièvre ou le
lapin: le lièvre c'est l'animal sauvage que l'on rencontre
le plus dans nos campagnes. On le chasse pour varier le régime
alimentaire. Quand au lapin, on l'élève et c'est souvent
le travail du plus jeune des enfants.
Le coq ou la poule:
il y a toujours des poules et un coq sur les anciennes fermes.
C'est le vieux chanteclerc des contes du moyen âge.
On illustre aussi des
vaches, des chevaux et des porcs. On retrouve aussi
parfois des animaux exotiques que l'on a vu en illustration ou que
l'on a vu lors du passage d'un cirque ambulant.
On se sert de sujets domestiques.
La maison: on illustre la maison elle-même
avec son pignon et sa cheminée.
Les as du jeu de cartes:
on joue beaucoup aux cartes surtout l'hiver: pour passer le
temps, pour s'occuper, un passe-temps qui tient l'esprit en éveil.
Pourquoi ne pas reproduire les as du jeu de cartes en fabriquant des
moules à leur effigie. Ce dessin est simple et se reconnaît
facilement.
Souliers et bottes:
parfois le moule reproduit une partie du vêtement
significative soit le soulier ou la botte d'hiver qui tient le pied
au chaud.
L'horloge: un moule
peut parfois illustrer une horloge.
L'amour: le célibataire
ou l'homme marié sculpte des coeurs pour rendre hommage à
sa compagne ou son épouse.
La religion: partie
essentielle, omniprésente dans la vie sociale de nos vieux québécois.
On y fait allusion aux temps des sucres, en réalisant des moules
en forme de croix, d'ostensoir, de coeur saignant transpercé d'une
flèche, de bréviaire, de grand livre de messe.
La croix est toujours simple et petite pour en faire des bonbons.
Je n'ai jamais vu de croix avec corpus ou de véritable crucifix
mais seulement de petites croix toutes simples.
Le bréviaire et le missel étaient deux livres
qui fascinaient le commun des mortels. Un livre, toujours
le même, que le curé ou le vicaire lisaient jour après
jour. Le missel placé sur l'autel devait être
sacré. Alors tous deux méritaient qu'on les
copie.
L'ostensoir était un objet difficile à reproduire
et nécessitait une habileté certaine. C'était
un défi à relever.
Enfin on peut retrouver des
moules illustrant une locomotive que l'on voit arriver au dépôt
du village ou un bateau que l'on voit peu mais dont on a vu l'illustration
sur la presse du samedi.
Iconographie simple, images vraies, images du renouveau,
images de la tradition. Les thèmes sont infinis.
Moules à sucre et région
de provenance
Notre recherche nous a fait découvrir des moules
à sucre provenant de toutes les régions du Québec:
région du sud-ouest de Montréal, de Québec,
des Cantons de l'Est, de la Gaspésie. Cependant, malgré
l'aire d'étendue de nos découvertes de moules à
sucre, nous n'avons pas trouvé de thèmes typiques d'une
région ou d'une autre. Toutes les régions se ressemblent
quant aux moules à sucre, Ils sont fait de bois ou de
bois et de tôle, ils sont simples ou en plusieurs parties; on
retrouve aussi des moules à sucre en série dans toutes
les régions du québec. Aucune région ne favorise
un thème particulier: religieux ou profane, faune, flore ou motifs
abstraits. Aucun moule n'excède une capacité de
coulage du sucre de 500 grammes ou approximativement de une livre.
En effet, on calculait le poids du sucre du pays en livre, demi-livre,
quart de livre ou once.
La forme, la facture du moule
provenait et dépendait beaucoup plus de l'inspiration et de l'habileté
manuelle de l'artisan que d'une inspiration ou d'une allégeance régionale.
Je me suis laissé dire qu'un père qui avait un fils prêtre
sculptait plus souvent des moules à thèmes religieux comme
des croix, des bréviaires, des missels ou des coeurs. Il est
vrai qu'en matière de québequensia, on doit faire l'effort
de trouver un style régional ou local aux objets et meubles de bois.
Se peut-il que les moules à sucre à cause de leur caractère
utilitaire, même s'ils étaient largement répandus,
désobéissent à cette règle d'avoir des factures
particulières selon la région où ils étaient
fabriqués? Je le crois.
Moules à sucre, vrai ou faux
Les vrais moules à sucre sont rares. D'autant
plus que le matériel dont ils sont faits est éminemment
périssable: le bois. Ces moules étaient voués
à une utilisation intensive et malgré leur beauté
intrinsèque, restaient des objets utilitaires d'usage courant.
Lorsqu'un moule perdait sa fraîcheur ou son utilité, on
le détruisait et on le jetait aux rebuts tout simplement.
Cette rareté a fait qu'aujourd'hui les moules à sucre
sont convoités par les collectionneurs et commandent des prix élevés.
Tout cela favorise l'émergence d'une industrie du faux.
Il n'est pas facile de distinguer le vrai du faux.
Mais habituellement, le faux moule est fait de deux pièces:
une planche percée d'un travers à l'autre reposant
sur une planche plate servant de fond. Cette technique est plus
facile à suivre que celle d'une sculpture encavée dans
un bloc de bois simple. De plus les bords de la sculpture sont
souvent arrondis plutôt que possédant des arêtes
franches et droites. On croit à tort que des arêtes
émoussées sont causées par l'effet du temps.
Au contraire, car en s'émoussant les moules ne remplissaient
plus leur fonction de faire des pains de sucre aux formes précises
et étaient plutôt détruits que conservés.
On ne peut se fier à
la patine du bois qui peut être facilement reproduite en exposant
le faux moule aux intempéries du climat. Parfois des moules
assemblés avec des clous neufs peuvent donner un indice, mais
souvent des clous neufs étaient utlisisés pour remplacer
des vieux clous dans des pièces de bois anciennes. On peut
parfois se fier à l'ancienneté des traits de scie au bout
des morceaux de bois utilisés pour y faire des moules.
Bibliographie
Encyclopédie des Antiquités du Québec
Michel Lessard, Huguette Marques
Les Éditions de l'Homme; Montréal 1971,
246-249
Objets Anciens du Québec
Michel Lessard
Les Éditions de l'Homme; 1994; Québec; 139-145
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Louis Laplante
Photos: François Laplante
© tous droits réservés
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