Titre


(Une pauvre femme, qui vient de perdre son époux et qui pleure, voyant ses enfants mettre leurs mains dans la sienne, retrouve par la grâce de ce geste la volonté de survivre)
Sr Marie-Anna Gauthier







Après une longue maladie, papa nous quittait pour un monde meilleur, laissant à maman la lourde charge d’une famille de dix enfants, dont les âges s’échelonnaient entre cinq et dix-sept ans. Travail épuisant pour elle, déjà si affectée par le départ de son époux. Les trois plus âgées, travaillent déjà dans des maisons privées, mais il en reste encore sept à la maison. Se plaignant souvent de fortes migraines, on la voit souvent aller se reposer, ce qui n’échappe pas à l’œil de la petite Florence (13 ans) et de son frère Joseph (14 ans).
Un après-midi, après s’être concertés, ces deux-là s’acheminent vers l’Hôtel de ville, et dans un couloir aboutissant au bureau de M. le Maire, bien déterminés, ils attendent patiemment leur tour. Intrigués par la présence de ces deux enfants, un conseiller s’empresse d’avertir M. le Maire, en lui disant : « Je vous emmène deux visiteurs. » Les faisant entrer, celui-ci plaçant la petite sur ses genoux et regardant mon frère leur demande : « Que puis-je faire pour vous mes enfants? » Et ceux-ci avec cran et courage lui explique la situation. « Nous sommes une famille de dix enfants et notre papa vient de décéder. Les trois plus âgés travaillent déjà dans des maisons privées, aidant ainsi à payer le logement, mais, il en reste encore sept à la maison. Nous nous rendons compte que maman est très épuisée, nous l’aimons beaucoup, nous avons besoin d’elle, et nous ne voulons pas qu’elle nous quitte à son tour. Nous avons pensé que si pour quelques mois, vous nous obteniez que les religieuses de l’orphelinat en gardent quatre de nous, elle pourrait se remettre plus facilement. »
Devant une telle supplique, M. le Maire, essuyant deux larmes, leur dit : « À l’instant même je me rends à votre désir en téléphonant devant vous aux religieuses, mais d’abord, dites-moi, votre maman est-elle prévenue? « Non, dit en rougissant la petite, car elle nous aime tant, elle n’aurait pu poser ce geste elle-même, mais rendus à la maison, nous la mettrons au courant. » Ainsi dit, ainsi fut fait. Devant une telle révélation maman n’en croyait pas ses oreilles. « Mes enfants, êtes vous malades, qu’avez-vous fait là? » « C’est que pour que tu puisses te reposer un peu, accepte et tu te remettras plus promptement. » Deux jours plus tard, quatre oisillons quittaient le foyer pour quelques mois et maman, plus reposée, repris son aplomb d’autrefois.
Chaque fois que ma sœur raconte ce fait, je suis attendrie on ne peut plus, mais en même temps je ne peux m’empêcher de sourire lorsqu’elle ajoute : « Quand les religieuses étant surchargées ou mal en train se montraient plus sévères, je n’avais qu’à dire attention, n’oubliez pas que nous sommes les protégés de M. le Maire… et elles s’adoucissaient. Habituées qu’elles étaient à des petites filles bien soumises, j’étais un numéro bien spécial pour elles et malgré mon petit air frondeur, mon impertinence, j’ai senti qu’elles m’aimaient.»

Souvenir de famille en 1938




Retour au sommaire


Retour à
Le Grenier de Bibiane





Copyright © 2003 Le Grenier de Bibiane
Tous droits réservés