À la mémoire de mon cher papa




image



Ah ! si mon papa revenait sur terre
Avec quelle effusion j'irais l'embrasser
Et lui redire toute la tendresse, qu'hier
Je ne sus lui exprimer.

Aussi, pourquoi ne pas sortir de l'ombre
Un papa si méritant
Je vous défie de trouver dans le monde
Un être aussi attachant.

J'ai six ans, ma soeur en a cinq,
et il nous installe sur un petit traîneau.
Il nous amène dans un grand magasin
Nous avons pourtant tout ce qu'il nous faut
Mystère, il nous regarde en souriant
À la pensée d'une surprise, méditée
Quelques jours auparavant
Car, c'est de l'école, le jour d'entrée
Et d'une ardoise, des craies et cahiers ont besoin ses enfants

Aussi, que d'heures passées à ses côtés
Pour nous enseigner à lire et à compter
Et pourtant, ça se voit, il est très fatigué
Commis à l'usine, huit heures d'affilée.

Il est un conteur dépareillé
Nos devoirs terminés, comme il sait nous égayer
Il a même un petit violon
Et nous joue parfois un rigodon

Le bon Dieu est à l'honneur au foyer
Chaque soir, la prière et le chapelet sont récités
Notre bon papa a l'oeil vigilant
Malheur, si nous ne sommes pas présents.

Le dimanche, près d'un ruisseau à la montagne
Nous allons piqueniquer, on parle, on rit, on chante
Et dévorons à belles dents
Le succulent goûter préparé par notre adorable maman.
À un moment donné, papa impose le silence
Et nous nous taisons bien religieusement
Il nous demande ensuite avec insistance
Ce que nous avons vu et entendu
En ces moments qui nous semblaient perdus.
" La chanson d'un ruisseau, dit l'un
Le murmure du vent dit un autre
Un oiseau perché sur la branche
Les acrobaties d'un écureuil
Des parents et des enfants heureux
claironne l'ainée."
Cher papa, déjà tu nous enseignais
À lire dans le beau livre de la création
Les merveilles de Dieu et ses reflets
Nous inculquant ainsi les sens de l'émerveillement et de l'adoration.

Nous sommes au fort de la crise
La misère se fait sentir
Mais papa, si courageux, saura bien nous en sortir
On mange souvent de la mélasse, mais jamais ne manque le pain
Et comme disent les asiatiques: " Ça ira mieux demain ".

Cher papa, de 33 à 38, quel long martyr s'annonce pour toi
Devenir aveugle à 43 ans, comme cela demande
une bonne dose de foi.
Et quand s'ajoute ce mal inexorable qu'on appelle le cancer
Imaginons un peu ce qu'il a souffert.
C'est là qu'il nous enseigne comment se comporte
un chrétien devant l'épreuve, la souffrance.
Jamais un mot de plainte, un abondon total
à la Volonté de Dieu.
La veille de sa mort, il me fit demander ainsi que ma soeur,
et, avec une voix entrecoupée,
il nous fit entendre les paroles dignes d'un saint.

" Mes petites filles, (nous avions 16 et 17 ans) ne pleurez pas mon bonheur, pas plus tard que demain, je serai rendu chez le bon Dieu. Vous avez la preuve que je vous serai plus utile là-haut que sur terre, car j'avais de la peine de vous voir travailler si jeunes... Soyez bonnes... ayez soin de votre mère."

Et c'est en sanglotant que nous reçumes les adieux d'un père si aimant, lequel nous quitta pour le ciel, le lendemain, à 7 heures du matin.

Cher papa, il y aura 65 ans, le 19 octobre prochain, que tu nous a quittés.
Mais le souvenir de tes bontés reste à jamais gravé dans notre coeur. Merci et pardon de ne pas t'avoir exprimer plus souvent ma gratitude et mon affection.

Bonne fête à tous les papas.



Retour au sommaire

Retour à
Le Grenier de Bibiane


Photo: Lori Howe