Tout être humain a besoin d'un personnage marquant qui, par son rayonnement, son attitude va influencer sa vie. Mon premier doux souvenir est celui de mon grand-père paternel. Pendant les premières années de mon enfance, sa tendresse m'a incitée à en manifester à ceux que je côtoyais, que ce soit parents  ou amis.
 
J'avais à peine quatre ans. Un bon matin, comme on ne voulait pas me sortir de ma couchette, je maltraitais le matelas avec mes petits pieds. Grand-père arrive et rit aux éclats en voyant sa petite-fille en colère. D'un bond, il me glisse dans ses bras et me donne un baiser retentissant. Sans cette désagréable moustache, la petite Marie-Anne aurait été bien heureuse, mais c'était piquant, donc, une tendresse un peu gâtée !
 
Je grandis, je raffole de l'étude et réussis très bien en classe. Grand-père examine mes bulletins et, avec un bon sourire, me félicite et me glisse dans la main un beau trente sous tout neuf. Pensez donc, je me croyais riche ! ... Mais reportons-nous aux années 33.
 
Les vacances sont commencées. Grand-père décide de nous emmener à la campagne où il habite, à douze milles de chez-nous. Les chemins sont raboteux à cette époque et, blotties dans la voiture durant plus d'une heure, mes deux soeurs et moi devons subir la caresse brûlante du soleil. À mi-chemin, une source jaillit. Il saute de la voiture dans le but de nous désaltérer. Par malheur, aucun récipient disponible ! N'écoutant que son grand coeur, il remplit son chapeau de paille et nous pouvons boire à satiété. Ça goûtait un peu la sueur, mais c'était bon, très bon; c'était le chapeau de notre "pépère adoré" !
Un spectacle inoubliable : C'est le lendemain du Jour de l'An, je vois mon papa, un géant de six pieds et quatre, s'agenouiller aux pieds de son père et lui demander sa bénédiction. Dans le coeur d'un enfant, cette vision reste à jamais gravée et l'édification est à son comble. Dommage que ces belles coutumes se soient effritées avec le temps !
 
Grand-père s'endormit dans la paix du Seigneur à l'âge de 89 ans, entouré de ses enfants et petits-enfants. Dans un effort presque surhumain, il leva la main pour les bénir et paraît-il que c'est ma jeune soeur de douze ans, qui a achevé pour lui le signe de la croix commencé.
 
" La vie du juste est comme un beau jour, qui va de clarté en clarté; c'est comme le soleil à son plein midi ! "
 
Plus tard, je vous parlerai de ma chère grand-mère maternelle.


Soeur Marie-Anna Gauthier, PSSF


 



Conception graphique: Bibiane Grenier 
Illustration : Pierrette Gagnon
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