La vie passe, elle nous arrache des êtres chers, 
Qui continuent de vivre à travers notre reconnaissance.
 
Mon aïeule maternelle, si je m'en souviens ! 
Les mots me manquent pour en parler convenablement. 
Je puise donc dans l'histoire de notre famille rédigée récemment. 
Quelques traits charmants, amusants, qui à eux seuls prouveront 
Qu'elle avait bien droit à notre admiration.
 
Un certain jour, c'est fête à la maison. 
Nous, les enfants, nous ne pouvions dissimuler notre émotion. 
De Montréal, grand-maman Blais nous annonce pour bientôt son arrivée. 
Elle a tellement hâte de revoir sa chère Rosa, son gendre et leur nichée.
 
À cette occasion, un grand ménage en règle vient de s'effectuer.
Les planchers de bois franc sont bien astiqués.
Le poêle, au centre de la cuisine, rivalise de propreté.
Aux fenêtres, les petits rideaux coquets sont bien empesés.
Et sur la table, tout neuf, un beau tapis ciré
Aiguise déjà l'appétit avec ses beaux fruits imprimés.
 
Rien n'est trop beau pour accueillir une si bonne « mémé »,
Mais qu'il est long le supplice de l'attente !
Quand va-t-elle arriver ?
 
Il est onze heures du soir, un cri strident au loin nous avertit
Quel le monstre d'acier est sur le point de s'immobiliser sur la voie ferrée
Et que notre beau rêve va devenir réalité.
Espérons quelques minutes encore...
Toute radieuse, elle arrive enfin, au bras de notre chère maman.
 
Les plus jeunes, excités et à moitié endormis,
Sont déjà, depuis longtemps, sortis du lit.
Et sur chaque marche de l'escalier
Apparaît un bambin ou une bambine ébouriffée
Qui n'attendent que le signal du papa
Pour aller embrasser la grand-maman si désirée.
 
Hélas ! nous étions nés 50 ans trop tôt
Pour être le centre d'attraction.
Aussi, c'est peu de temps après qu'il fallait, à regret,
Regagner notre couchette en traînant du talon, ne dévorant
Que des yeux un beau gâteau à trois étages et bien d'autres douceurs,
Que savait si bien confectionner maman.
On saura bien se rattraper demain !
 
Le lendemain matin, la fête continuait.
Notre chère « mémé » toute frisée, toute pomponnée,
Revêtue de son beau tablier brodé, suscitait notre émerveillement.
Qui aurait cru qu'elle avait près de 60 ans
Et avait donné naissance à 18 enfants ?
Il ne lui manquait qu'une auréole sur la tête pour la canoniser !
 
Avec un sourire de jour de l'an, elle déballait sa petite malle aux trésors,
Qui faisait de nous les enfants les plus heureux du monde.
De jolis rubans, des images, des médailles, un paquet d'annales
de saint Joseph, des pastilles et d'autres petits riens tout neufs.
Comme on savait se contenter de peu alors !
 
Ajoutons surtout la tendresse de cette femme si aimante,
Si oublieuse d'elle-même. Une richesse inégalée
Au sein d'une grande pauvreté.
Un peu de ciel nous apportait sa visite annuelle.
Comment l'oublier ?
 
Honneur, amour et félicitations à tous les grands-parents !
Je ne peux manquer d'ajouter :
Ils sèment tant de bonheur dans la vie de leurs petits-enfants !
 
 

Soeur Marie-Anna Gauthier
5 mars 2006





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