Titre
La moindre chose qui rend le monde meilleur, la moindre parole qui donne de l'espoir à quelqu'un est une pierre qui fait monter la mer, une ouverture dans les nuages, qui laisse passer un rayon de soleil.
(L'équipe de pastorale, Claude Lacombe, ptre)


Dans notre monde déchiré de partout par tant de souffrances, la compassion ne devient pas un vain mot. Aussi, permettez moi d'évoquer un souvenir bien personnel, qui date de très loin.

Avant d'entrer en communauté, vers la vingtaine, je travaillais dans un vaste hôpital, en qualité d'aide-ménagère. On m'avait confié, en plus de quelques chambres, le soin d'une grande salle où s'alignaient bon nombre de patients qui affichaient une grande pauvreté physique et matérielle, ce qui me les rendaient plus sympathiques encore.

Un matin, comme j'accomplissais ma besogne journalière, un de ceux-ci m'interpelle :
" Mademoiselle, je travaillais dans le bois et j'ai eu un accident. Auriez-vous la bonté de me laver un vêtement de rechange, car je n'en ai point d'autre ? "
Et il me désigne une grande combinaison comme on en portait autrefois dans les chantiers. Intérieurement, j'ai frémi à la pensée qu'en plus d'être bien sale, celle-ci pouvait contenir quelques "bestioles" ce qui n'était guère ragoûtant. Mais, la compassion prenant le dessus, j'apportai à la chambre où je pensionnais, ce "précieux colis". Agenouillée près de la baignoire, j'ai frotté plus d'une heure ce morceau de linge avant qu'il retrouve sa couleur originelle. Où le suspendre ensuite, n'ayant qu'un semblant de calorifère dans ma chambrette ? Pas d'autres solutions.

Arrivent deux de mes soeurs venant passer la veillée avec moi. Imaginez leur stupéfaction en remarquant ce sous-vêtement masculin. "Dis-moi pas Marie que tu entretiens le linge de ton prétendant (je n'en avais même pas à ce temps). L'hilarité était à son comble, jusqu'au moment où je leur expliquai la situation. "Je pense que je n'aurais jamais osé", me dit une de mes soeurs. Moi non plus, ai-je répliqué, mais à la pensée que c'était un membre souffrant du Christ, Lui qui a dit: "Tout ce que vous faites à l'un de ces petits, c'est à moi que vous le faites", aussi je n'ai pu résister.

Vous auriez du voir la joie de ce pauvre homme, quand je lui remis son rechange. Les yeux embués de larmes, il me remercia, m'offrant même un sac de raisins que venait de lui donner un voisin.  " Gardez-le pour vous cher monsieur, car de vous voir si  heureux , j'ai déjà ma récompense. "

 Après ce geste de compassion accompli, il en eut bien d'autres dans ma vie, mais je peux vous avouer que le souvenir de celui-ci parfume encore mon existence, ne trouvant pas les mots pour exprimer le bonheur ressenti alors.
Ne perdons donc pas  aucune occcasion de rendre le monde plus heureux et meilleur.

Sr Marie-Anna Gauthier PSSF


Retour au sommaire

Retour à
Le Grenier de Bibiane