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Chapitre 17

La réception (suite)

 

Édith, vêtue d’une tenue fort élégante, digne d’une princesse, fit une entrée spectaculaire dans la salle de réception.  Au bras de Sam, le garde du corps de monsieur Goldberg, elle avança comme si elle flottait sur un nuage jusqu’au centre du salon où toute cette clientèle sélecte et avide de sexe s’était regroupée et discutait, une coupe de champagne à la main.

Était-ce dans les plans ou pas, Sam, la laissa donc seule parmi tous ces hommes et se retira discrètement dans un coin de la pièce, sans pour cela la quitter de l’œil : c’était le mandat qu’on lui avait assigné. Tous doivent obéir aux ordres du grand « patron ».

Quand il organisait des réceptions de ce genre, monsieur Goldberg, s’assurait toujours de faire préparer une table de hors-d’œuvre variés comprenant charcuterie, crudités, etc., et n’offrait à ses invités qu’une gamme impressionnante de boissons alcoolisées des plus recherchées. Un hôte exceptionnel, quoi ! Ne laissant rien au hasard, il adorait éblouir ses convives et surtout, combler tous leurs désirs.  Ainsi, pas moins de douze jeunes serveurs assuraient le service, se faufilant discrètement entre les convives, leur offrant une variété de délicieux canapés et de rafraîchissements  disposés avec goût dans de somptueux plats de service en argenterie.

Dans un rôle tout à fait particulier, les jeunes hôtesses de « l’écurie » de monsieur Goldberg jouaient les séductrices de l’événement. Séduisantes, affriolantes même, faisant les yeux doux et promettant à la fin de la soirée leur entière disponibilité, bref, elles exhibaient leurs charmes à qui mieux-mieux. Un service spécialisé de fin de soirée était réservé à tous ceux qui le souhaitaient et qui pouvaient s’en prévaloir, car ce n’était pas gratuit ! Il s’agissait de privilèges complémentaires à de simples séances de photos, pour cette caste de la société, il va sans dire.

C’était pour notre jeune Édith, une toute première soirée grandiose. Elle se sentait désirable, au milieu de tous ces gens venus pour faire la fête.  Une fois de plus, se concrétisait cette vision de ce monde fabuleux dont elle rêvait depuis si longtemps, mais hélas aussi, une autre preuve de la vie chimérique que ces revues étalaient à pleines pages.

Se dandinant parmi tout ce beau monde, charmant les uns, impressionnant les autres,  étourdie par le son d’une musique langoureuse qu’elle n’appréciait pas outre mesure, la jeune fille se sentait perdue, entourée d’arbres géants qui lui bloquaient toutes les  issues de cette forêt dense.

Par chance, cette sensation est d’ailleurs vite interrompue lorsqu’un serveur de quelques années plus âgé s’approche d’elle avec un sourire séducteur pour lui offrir une consommation.  Aimable, elle lui rend sa politesse et accepte gracieusement la coupe remplie de cette boisson aphrodisiaque.

– Puisqu’ils en ont tous à la main ! pense-t-elle. – Je serai moins remarquée si j’emboîte le pas.  Elle remercie alors gentiment le beau jeune homme, à qui elle glisse à l’oreille : – Est-ce une boisson forte que vous m’avez servie ?  Je ne bois rien avec de l’alcool !

Pour la rassurer :  

– Oh, ce n’est que du vin blanc… très doux… à peine alcoolisé…  ne craignez rien !

– Alors, merci, … je vous fais confiance… !

– C’est la première fois que je vous aperçois dans une des soirées de monsieur Goldberg. Êtes-vous nouvellement arrivée ? Curieusement, je crois bien avoir travaillé dans la quasi-totalité de ses réceptions et je ne vous ai jamais remarquée ?

Se sentant en confiance : 

– Oui, c’est ma toute première soirée, répond Édith, immensément impressionnée par ce bel adonis, puis… – Alors, vous êtes affecté au service à chacune de ses réceptions ?

– Oui !  Étant encore au collège, ce surplus arrive à point pour m’aider à payer mes études.

– Dites, monsieur… ?

– Jason, mademoiselle… Jason Smith… pour vous servir ! répond-t-il en souriant.

– Alors… monsieur Smith…

– Je vous en prie, appelez-moi Jason…

- Très bien… Jason ! Moi, mon nom est Édith Stuart… et, de continuer… – Que se passe-t-il exactement lors de ces soirées ? On déguste ces extravagantes gourmandises… servies avec le vin. On bavarde avec les invités et c’est tout ?

Pauvre Édith !  Elle était à des lieues de la vérité !  Ça se voyait.  Jason ne savait que répondre devant tant de candeur:

– Hum… je suis très mal placé, mademoiselle, pour vous expliquer. Il est vrai que je reste jusqu’à la fin pour desservir et faire un peu de nettoyage. Et, hésitant…
– Ce que vous venez d’exprimer… c’est un peu ça… mais… comment vous dire… ? Je ne suis pas doué pour ce genre  d’explications… Ouais… c’est un peu difficile pour moi… vous savez, mademoiselle !

Naïve comme pas une, elle ignore ce qui attend chacune des filles après la soirée. 

– Alors, quoi donc ? Pourquoi paraissez-vous ennuyé de me renseigner ?

–   Bien, voici… Je vous fais remarquer qu’il y a, ici,  autant d’hommes d’âges variés que de jeunes filles comme vous… Vous l’avez observé, n’est-ce pas ? 

Innocente devant cette insinuation pourtant assez claire, elle fait un signe de tête signifiant qu’elle a compris mais… cherchant à en savoir davantage, elle demande encore.

–  Et puis ?

Passablement embarrassé, le jeune homme ajoute… avec prudence :

–  Donc, à la fin de la veillée… des couples se formeront et partiront vers les chambres à l’étage. Oh, diable que j’ai de la difficulté à vous avouer tout ça ! 

Le visage du serveur devient soudainement rouge de gêne…

– N’êtes-vous donc pas de celles-là…, les filles de Goldberg ?

– Pardon ???  Que dites-vous ??? Les filles… de Goldberg ?

– Mais, mademoiselle Stuart, c’est connu de tous ici dans le quartier ! Vous ne le saviez donc pas ?

 


 

 


20, Roman inédit de Léo Beaulieu
Collaboration spéciale : Angèle Brouillette
Graphisme et mise en page : Pierrette Gagnon et Bibiane Grenier

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Le Grenier de Bibiane