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Chapitre 12

L'enquête

 

– Bonjour, Monsieur l’Agent ! J’aimerais m’adresser à une personne responsable pour parler d’une affaire bien particulière, annonce gravement Jean à l’officier derrière le comptoir de la réception du poste de police de sa ville.

– À quel propos, Monsieur ? Soyez plus spécifique ! Désirez-vous déposer une plainte, rapporter un crime, un incident quelconque ? Nous sommes débordés ces temps-ci ! Votre affaire se doit d’être sérieuse et importante ! réplique le jeune officier.

– C’est vraiment très important, mais je veux en discuter seulement avec une personne responsable.  C’est un cas très grave d’abus de mineures.  Je ne peux pas vous en dire plus ! reprend Jean, d’un ton insistant.

– Très bien, Monsieur, j’appelle le sergent-détective Brunet.  Prenez un siège dans la salle d’attente; ça ne sera pas bien long.

- Bonjour Monsieur !… Que puis-je faire pour vous, ce matin ?

Un homme dans la cinquantaine, les tempes grisonnantes, enfin d’une stature imposante, mais à l’allure fort sympathique, accueille Jean en lui tendant la main.

– Jean Dupont, Monsieur ! se levant pour accepter la poignée de main.

- Bon ! Accompagnez-moi dans mon bureau ! Sur ce, ils se dirigent dans une pièce adjacente au hall d’entrée.  Après avoir fermé la porte :

– Assoyez-vous, Monsieur Dupont, je vous en prie !  Alors maintenant, allez-y ! Racontez-moi !

Avec précision, s’assurant de ne rien n’oublier, Jean relate à l’enquêteur tous les détails sordides de son aventure et des craintes qu’il entretient pour les jeunes résidentes de ce macabre refuge et principalement, la disparition de l’une d’elles. Il procède par l’écoute de l’enregistrement qu’il avait capté avec son nouvel appareil.

 

Embarrassé devant l’officier, il perd tous ses moyens en tentant d’accélérer le ruban de son enregistreuse lorsque les premières pistes font entendre les pleurs de son nouveau-né et des cris d’enfants. Quelle maladresse ! Il a tellement peur d’avoir l’air d’un hurluberlu qu’il s’excuse deux fois plutôt qu’une, auprès de l’officier. Le sergent Brunet ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire quelque peu narquois devant ce qui lui semble un autre éberlué avec une histoire qui ne tient pas debout.

 

A la suite de l’audition de la conversation entre David et son cuisinier, l’officier ne sourit plus.  Ça lui paraît grave.  Il devient songeur… Cet enregistrement l’a secoué et beaucoup… C’est maintenant qu’il prend son interlocuteur au sérieux

 

– Alors, où exactement est située cette demeure ? demande-t-il.

- C’est à Shaneville, à la frontière du Vermont.

– À Shaneville, vous dites ? Bon ! Très bien, nous allons nous en occuper, mais, avant tout, nous devons quand même obtenir la coopération des autorités de cette ville parce que nous n’avons pas juridiction là-bas. Puis, il y a tous ces formulaires à remplir et je crains que cette enquête soit longue. N’oubliez pas, monsieur, que vous êtes notre seul témoin, sauf pour la petite jeune fille qui, selon vos dires, s’en serait échappée. Il faut aussi lancer un avis de recherche pour cette fillette dont nous n’avons qu’une très sommaire description.

Et tout en écrivant quelques observations supplémentaires dans son carnet, le détective murmure…
– J’en ai entendu des histoires dans ma carrière, mais la vôtre dépasse l’imaginaire.  Enfin, on verra !

– Pardon, je ne vous ai pas bien saisi ? reprend Jean, apparaissant tout à coup très déçu de l’attitude de l’officier.

 

– Oh ! Ne vous offensez pas, cher monsieur ! Nous allons enquêter, ne vous en faites pas, c’est notre devoir de prendre au sérieux les évènements que les gens nous rapportent, aussi farfelus qu’ils puissent paraître au début, rassure le détective Brunet en arborant un air incrédule et un tantinet condescendant.

 

–  Mais, vous avez pris connaissance de mes enregistrements quand même ? Je n’ai rien inventé…, j’ai tout vu !

 

– Oui, oui ! Merci monsieur Dupont, on s’en occupe, répond-t-il à Jean, se levant en lui tendant la main comme pour lui donner congé.
– Pour le moment, vos enregistrements me satisfont suffisamment pour que je m’occupe de ce cas, mais n’oubliez pas qu’ils ne pourront pas être mis en preuves.  Ils ont été pris illégalement… et vous-même, vous avez fauté en entrant dans cette maison par effraction, vous savez !  Ça peut compliquer l’enquête !

 

Penaud, Jean quitte en regrettant un peu le temps qu’il croit avoir perdu à tenter de faire bouger les choses dans cette affaire. Ce détective lui a laissé une impression désagréable. Il n’en avait aucunement confiance, convaincu que ce dernier n’y donnerait pas suite.

 

– Si le Service des Enquêtes ne me prend pas au sérieux, je devrai m’en occuper personnellement ! Avec tout ce que je sais, j’ai maintenant le devoir moral de faire connaître cette situation et je vais m’y appliquer. L’essentiel, c’est que je sois crédible et qu’un enquêteur m’apporte sa pleine collaboration…

 

 

 

 


20, Roman inédit de Léo Beaulieu
Collaboration spéciale : Angèle Brouillette
Graphisme et mise en page : Pierrette Gagnon et Bibiane Grenier

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Le Grenier de Bibiane