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Chapitre 10

Au foyer (suite)

 

– Est-ce que je sais, moi ? Pourquoi me demandes-tu ça ? Tu devrais être en mesure de savoir que je n’ai pas le temps de regarder passer le trafic ! Je suis occupé à la cuisine depuis ce midi !  répond impatiemment Éric.

Le tenancier de ce refuge, très nerveux et agacé depuis l’escapade d’Édith, craignait toujours que cette dernière dévoile ce qui se passait dans la maison. Il se méfiait également de son cuisinier qui aimait faire de petites incursions dans les chambres des jeunes pensionnaires pendant la nuit. De façon autoritaire, il l’avait averti qu’il devait cesser ces manèges sous peine d’être renvoyé sur-le-champ. Depuis ce temps, un climat de non-confiance s’installa entre eux.

Voilà qu’en moins de deux, le ton de la conversation s’élève et prend l’allure d’une remontrance envers Éric, ignorant cette histoire d’auto abandonnée. 

– Écoute-moi bien, Éric ! Tu connais la situation ici et tu fais tout pour éveiller la curiosité des gens, surtout ceux que tu côtoies quand tu vas au village prendre ton verre… ouais !… ton verre, plutôt tes verres. Je suis certain que ta langue se délie alors un peu trop et que tu dois parler de ce qui se passe ici !

– Hé là, toi ! Qu’est-ce qui te prend ? Pourquoi m’engueules-tu comme du poisson pourri ? Tu commences à m’énerver avec tes sautes d’humeur ! Si ton centre d’accueil n’est pas conforme à la loi et que tu doives te prostituer avec les ‘gentilles’ vérificatrices pour qu’elles ferment les yeux et continuent d’être de connivence avec tes agissements, c’est ton problème, je n'y suis pour rien ! rouspète Éric en lançant son linge à vaisselle sur le sol de la cuisine.

– Bon ! Bon ! Écoute Éric… excuse-moi… ! Je suis pas mal préoccupé ces temps-ci, surtout depuis que la petite Édith a pris la clef des champs. Tu sais, si elle décide de vider son sac aux autorités, nous sommes cuits. Tu en conviens avec moi ? et il se laisse choir sur la première chaise à sa portée.

– Ouais ! Je te comprends !  S’il y a quelqu’un qui peut nous « vendre », c’est bien elle. Pensif durant un court moment, il reprend… –  Écoute ! J’ai une idée qui pourrait aider à tout résoudre, me semble !  Que penses-tu de cette proposition : Je me lance à sa recherche… tu n’as qu’à me donner l’argent pour mes dépenses.  Au début, je pars en direction du village rencontrer et jaser un peu avec le fils de l’épicier. Tu es sans doute au courant que le jeune Billy avait le béguin pour Édith. Il doit savoir quelque chose, lui. En le « cuisinant » un peu, j’gage que je pourrais en retirer des détails intéressants, suggère  Éric, riant comme un idiot. Qu’en dis-tu ?

David lève lentement son regard vers son cuisinier, réfléchit à cette proposition à laquelle il n’avait même pas pensé, puis... intrigué… – Crois-tu vraiment pouvoir la trouver ? Tu sais, elle est partie depuis deux semaines déjà. Elle a dû faire pas mal de chemin… mais… j’avoue que je suis à court de solution… puis… nous n’avons rien à perdre. Je crois que ton idée vaut la peine d’être essayée.

Pour une fois, il a le dessus sur le « maître des lieux », il en profite.  Avec un ton qui se fait mordant, il prononce cet avertissement :

 – Oh là, mon ami ! Un p’tit instant ! Comprends-moi bien : TOI, tu as tout à perdre. Moi, je ne suis pas du tout impliqué dans les manigances de ton pseudo-foyer pour les jeunes… Mais, j’irai quand même tenter d’épingler la p’tite. Par contre, écoute-moi bien encore, David : si les autorités découvrent tes agissements et ferment la baraque, moi je me retrouve sans emploi, ni de toit. Alors, entendons-nous bien sur ce sujet: si je lui mets la main au collet sans avoir tout dépensé ton argent, je garde le reste, compris ?

Avec un soupir de soulagement devant ce compromis :

Entendu !

– Je quitterai demain après le petit-déjeuner.

Bien dissimulé derrière le sofa du salon, Jean n’en croyait pas ses oreilles ! À sa grande satisfaction, il avait tout saisi sur sa petite enregistreuse. Voilà qui promettait des rebondissements s’il réussissait à sortir de cette chaumière-là sans se faire prendre !

 



 

 


20, Roman inédit de Léo Beaulieu
Collaboration spéciale : Angèle Brouillette
Graphisme et mise en page : Pierrette Gagnon et Bibiane Grenier

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Le Grenier de Bibiane