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Récits, descriptions, entrevues, anectotes qui racontent
des événements, des personnalités, des traditions,
des coutumes de l'histoire du Québec.
Cette rubrique n'est pas chronologique. Ces courts
textes ont pour but de vous informer succinctement, parfois
avec humour mais toujours avec rigueur sur la vie de nos ancêtres. |
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Le roi du Nord
ou
Le Curé Labelle
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Le simple
nom "Curé Labelle" est très connu de tous les Québécois.
Plusieurs villes ou villages des Laurentides ont leur boulevard ou une
rue "Curé Labelle". Plusieurs écoles, des arénas,
des parcs, des églises ... portent aussi ce patronyme. Les
gens de ma génération se souviendront de son imposante présence
dans le populaire téléroman "Les Belles Histoires des Pays
d'en Haut". J'ai voulu savoir qui était ce si populaire curé.
Je vous présente, en résumé, le résultat de
mes recherches.
Ne manquez pas
de lire, en archives
, les autres pages de cette rubrique .
Bibiane
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Antoine Labelle est né
à Sainte-Rose-de-Lima en 1833. Il fit ses études au séminaire
de Sainte-Thérèse puis, en 1856 il est ordonné prêtre,
sous l'épiscopat de Mgr Bourget. Il sera vicaire au Sault-au-Récollet,
puis curé à St-Antoine. En 1863, l'abbé Labelle est
nommé curé de St-Bernard de Lacolle. C'est durant cette cure
qu'il demandera à son évèque la permission de s'établir
aux États-Unis. Ce dernier refusera et en 1867 le nommera curé
de St-Jérôme. C'est à St-Jérôme qu'il aura
rendez-vous avec l'histoire.
Le curé Labelle est un géant: il mesure 1 m 80 et pèse
152 kilos et, il a une énergie de géant. Il exerce une fascination
certaine sur tous ses paroissiens et ceux-ci reconnaissent en lui un esprit
moderne attaché à l'expansion économique et territoriale
de ses ouailles. Son rêve de colonisation n'a pas de limite.
Il parcourt ainsi des milliers de kilomètres en tout sens pour mieux
déterminer l'emplacement de futurs villages. Il vérifie
la présence de cours d'eau, la fertilité des terrains, la situation
et bien sûr, la possibilité d'un tracé de la ligne de
chemin de fer qu'il rêve d'y construire. Il veut peupler toutes les
régions du nord de Canadiens-Français afin que ceux-ci, à
leur tour, en exploitent les richesses et les rentabilisent. On raconte
qu'il fonde ainsi vingt-neuf cantons et ouvre vingt paroisses.
En dix ans, il établit définitivement cinq mille colons.
Ces colons, ils les connait tous. Il les visite régulièrement
et leur redonne l'enthousiasme qu'ils perdent parfois à cause de
l'ampleur des tâches. Il est très en avance sur son temps. Ses
conseils sont judicieux et éclairés. Il préconise, par
exemple, l'utilisation d'engrais, l'ensilage et prévoit même
l'exportation. Il pressent que le tourisme sera un jour une ressource importante
dans les Laurentides.
Son plus grand rêve reste la construction d'un chemin de fer.
Le gouvernement se montre réticent. Il organise alors un convoi
de 80 chariots remplis de bois de chauffage. Ce convoi partira de St-Jérôme
pour se rendre à Montréal apporter aux pauvres de la ville
cette denrée précieuse nécessaire aux gens qui meurent
de froid. Le gouvernement cède et la ligne Montréal-St-Jérôme
sera inaugurée en 1879.
On surnomme désormais le curé Labelle "le roi du Nord".
La colonisation du nord ne se fera pas sans difficultés. Les
obstacles sont difficiles à surmonter, le succès est mitigé.
Mais le curé Labelle se débat comme "un diable dans l'eau bénite".
Il engage même l'esprit le plus anticléricale de son temps,
l'ancien militant garibaldiste Arthur Buies. Pour Buies, la colonisation
est synonyme de progrès et conduira le peuple à son émancipation
de l'Église. Qu'à cela ne tienne ! Le curé Labelle
en a besoin pour rédiger de belles brochures et si possible, attirer
des immigrants de France. Buies a des relations.
En 1890, sous le gouvernement de Honoré Mercier, le curé
Labelle accepte de devenir le sous- ministre d'un tout nouveau ministère
de la colonisation. Il aura désormais certains pouvoirs mais ces
derniers seront toutefois limités. Et, aux oppositions qui deviennent
sont lot, s'ajoutera celle de son archevêque, Mgr Fabre. Ce dernier
soutient les actions qui ont pour but le bien des âmes et des pauvres
de son diocèse. Mais il n'approuve pas la stratégie conquérante
et l'engagement politique de son bouillant curé. Rome accorde le titre
de protonotaire apostolique et Mgr Fabre exigera alors que le curé
Labelle démisionne des ses fonctions gouvernementales. Il s'ensuit
un important débat entre le pape Léon XIII, Mgr Fabre, archevêque
de Montréal et le curé Labelle. Le curé Labelle restera
sous-ministre de la colonisation mais Rome refusera de diviser le diocèse
de Montréal pour former un nouveau diocèse de Saint-Jérôme
sous la direction de Antoine Labelle devenu entre temps évêque.
C'est un coup dur pour Mgr Labelle. Il était persuadé
que seul l'évêque d'un diocèse pouvait avoir l'influence
et le prestige nécessaires pour mener à terme la colonisation
du pays. Il offre alors sa démission de sous-ministre de la colonisation
à l'honorable Honoré Mercier qui lui refuse.
Il ne peut pas entreprendre de nouvelles démarches, il est hospitalisé
pour une hernie. Il meurt quelques heures après l'opération,
le 4 janvier 1891.
Il a 58 ans.
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