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Récits, descriptions, entrevues, anecdotes qui
racontent des événements, des personnalités,
des traditions, des coutumes de l'histoire du Québec.
Cette rubrique n'est pas chronologique. Ces
courts textes ont pour but de vous informer succinctement, parfois
avec humour mais toujours avec rigueur sur la vie de nos ancêtres.
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La drave
Le printemps venu,
lorsque le soleil réchauffait la terre et dégelait les
cours d'eau, c'était le temps de la drave. Le métier
de draveur, aujourd'hui complètement disparu, était un
travail surhumain. N'était pas draveur qui le voulait. Il
fallait être muni de courage, de force de caractère, avoir
une santé de fer et un peu, beaucoup de témérité.
La mort guettait ses proies au détour de la rivière, au bas
des chutes assourdissantes. Il fallait lutter contre les courants souvent
déchaînés qui brisaient tout sur leur passage, arrachant
les ponts et les arbres.
On avait bûché tout l'hiver et amassé les
billes de bois près des rivières. Quand les draveurs
entraient en scène, les cours d'eau étaient dégelés
et pouvaient servir à acheminer le bois jusqu'aux moulins à
scie situés le long des rivières ou des lacs. Les billots
flottaient encerclés par d'autres billes soigneusement attachées.
Le courant de la rivière acheminait ces immenses "radeaux"
mais c'étaient les draveurs qui contrôlaient leurs parcours.
On employait le bateau
de drave qui pouvait contenir trente personnes et six rameurs mais la
plus commode des embarcations était la "paillasse", moins lourde
et moins encombrante. D'une noirceur
à l'autre, on manoeuvrait la gaffe, l'enfonçant dans l'écorce
tendre et d'une main habile on déjouait l'embâcle. Parfois,
on manquait de chance et le pire arrivait. Les billots s'entassaient
et l'embâcle progressait. Si un embâcle se nouait sur
la rivière, il fallait alors chercher le billot-clé; parfois
on utilisait la dynamite mais le plus souvent la force humaine surmontait
seule le défi. Les draveurs s'habillaient le mieux possible
pour travailler; vêtu bien chaudement on ne travaillait pas une
heure qu'on était trempé d'un bout à l'autre de
sueur ou d'un bon bain d'eau glacée. Une paire de chaussures conçues
spécialement pour la drave était indispensable. On passait
ainsi la journée dans ces eaux de glace et pour se réchauffer,
on dansait en sautant d'une bille à l'autre.
Au retour, quand les draveurs racontaient les exploits
de leurs compagnons, les difficultés rencontrées et vaincues,
on admirait leur courage et leur détermination mais personne n'enviait
leur sort.
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